DODINE : Vertus Saint-Louis accueilli par Michèle D. Pierre-Louis

Dodine est un espace qui prend le temps de la confidence sur une galerie, où deux amis de longue date discutent du parcours de vie de l’un d’eux. Une plongée dans l’histoire du pays telle que les souvenirs du vécu la tissent.

Vertus Saint-Louis est un homme à jamais secret , un tempérament qui s’est forgé durant ses 21 ans de clandestinité sous la dictature des Duvalier. Une attitude liée, encore aujourd’hui, à un grand sens de l’engagement et de la loyauté. Le révolutionnaire s’est ensuite tourné vers l’Histoire et son enseignement à l’École Normale supérieure. Il se confie, souvent à mi-mots, à son amie Michèle D. Pierre-Louis, fondatrice et présidente de FOKAL, associée à nombre de ses engagements passés et actuels, tant politiques qu’éducatifs.

L’ENFANCE À THOMONDE

MICHÈLE PIERRE-LOUIS : Bonjour Vertus Saint-Louis.

VERTUS SAINT-LOUIS : Bonjour Michèle.

Voilà une occasion qui nous est offerte d’échanger sur ton parcours d’intellectuel, mais aussi sur ton passé de militant. Cela fait plus de vingt ans que je t’ai rencontré. A l’époque, il était question que tu écrives un article pour la revue « Chemins Critiques »[ii], sur les règlements de cultures de Toussaint Louverture. J’ai été frappée par ton érudition, et savais déjà que j’allais beaucoup apprendre en ta compagnie. Une solide amitié s’est d’ailleurs nouée entre nous depuis lors.

Commençons par le début. Parle-nous d’abord du Thomonde [iii] de ton enfance et de l’école primaire chez les Frères.

Aujourd’hui, on ne reconnaît plus le Thomonde de mon enfance. L’environnement a changé, totalement. Je suis né dans une toute petite maison, au Nord de la ville. La maison était entourée d’une grande étendue où les bestiaux venaient paître chaque après-midi. Le matin il s’agissait de faire sortir le troupeau. Et le soir on les faisait rentrer … Lorsque je me rappelle ces choses, c’était la Mésopotamie antique. [Rires]

Tu as été à l’école à Thomonde ?

Oui, pendant deux ans. Alors, la première « école », c’était un cousin qui me donnait des cours. « Il faut dégauchir l’enfant », disait-on, avant de l’envoyer à l’école. On m’a donc « dégauchi » avec le petit syllabaire et j’ai appris à lire et à écrire. Je suis rentré à Port-au-Prince à sept ans. Je suis passé par beaucoup de petites écoles avant d’entrer à Saint Louis de Gonzague, à onze ans, en 1951, en classe de septième. Saint Louis n’envoyait pas au certificat d’étude national à l’époque. Je suis rentré en septième et j’ai dû me préparer presque tout seul. Ça a été un bon apprentissage. J’avais dix-huit ans au premier bac, j’ai été Lauréat National, vous savez.

Et au secondaire?

J’avais laissé Saint-Louis juste pour pouvoir suivre les cours de philosophie du professeur Marcel Gilbert[iv] au Lycée Pétion. Or les élèves du professeur Gilbert ont tous été sanctionnés pour raisons politiques.

ÉTUDES ET POLITISATION

À quel moment décides-tu d’entreprendre tes études en médecine ?

Ah la médecine ! J’ai fait toutes mes années, mais au fur et à mesure, ça commençait plutôt à ne plus m’intéresser.

Est-ce alors que la faculté de médecine semble avoir été un bastion de résistance…

Oui, contre Duvalier. Dès le lycée Pétion j’ai été abordé par Murat Antoine, Joseph Roney. Ils me donnaient des livres. J’apprenais certains presque par cœur. Le Manifeste du Parti Communiste : c’est un texte qui m’avait enchanté. Il donne des explications globales de la société, il est bien écrit. Ensuite, c’est à la faculté de médecine, où je rentre dans une cellule. Yves François Flavien [v] a joué un grand rôle dans cela. Il est mort aujourd’hui, et de regrettée mémoire.

Oui, je l’ai bien connu aussi.

Mais lorsque je l’ai revu en Haïti après la chute de Duvalier, il était méconnaissable. En 1987, j’ai eu une rencontre avec Flavien. Il m’a fait part de son inquiétude à propos de la menace communiste en Haïti. Je lui ai répondu que tous les gouvernements des pays de l’Est allaient tomber. Il m’a dit qu’on ne les avait pas encore vu tomber. Je me suis alors rappelé que lors des événements en Pologne j’avais exprimé le même point de vue à mon ami Claude Rosier, décédé en 2011. Il s’était fâché. J’ai pensé que Claude Rosier devait être mal informé. J’étais étonné de voir que ceux qui revenaient de l’étranger n’avaient pas vu cela. Cependant, il me restait encore beaucoup d’illusions sur le marxisme.

Yves Flavien s’est finalement suicidé.

Oui. Je ne comprends pas mes camarades restés à l’extérieur. Ils sont déboussolés.

Revenons aux années 1960. Il y a eu plusieurs débandades, créées par la répression, la première en 1965 je crois. Au moment où les gars s’entrainaient à Pétionville, il y a une bavure [vi]. Tu es au courant ?

Oui, je suis au courant de toute cette affaire.

Eh bien qu’est-ce qui s’est passé ?

Tout l’état-major du Parti populaire de libération nationale part. Moi[vii], je suis parti dans une autre circonstance, après l’arrestation de Marc Frédérique, un camarade de la Faculté de Médecine. On avait l’idée de partir pour chercher une aide et revenir tout de suite.

Pour renverser le régime.

Pour renverser le régime.

Par la lutte armée.

Par la lutte armée.

On y a cru. D’autant qu’il y avait eu Cuba. Mais les révolutions ne se répètent pas, les vrais changements ne se répètent pas.

Tu pars pour aller à l’entraînement, revenir avec du ravitaillement, ça me fait penser à Miranda et à Bolivar, l’un auprès de Dessalines, l’autre auprès de Pétion et Boyer qui viennent chercher les armes pour aller libérer l’Amérique Latine [rires]. Donc vous aussi.

[Rires] Mais nous n’avons pas trouvé ça. Nous avons trouvé l’idéologie maoïste [viii].

Combien de temps vas-tu rester dans cette résistance révolutionnaire ?

De 1965 à 1986 : vingt et un ans de ma vie. J’ai appris beaucoup de choses. J’ai beaucoup lu. J’ai appris à connaître le monde à travers la radio. J’ai commencé à voir les limitations de la Chine. À ce moment je ne fais pas la révolution, mais je participe à la lutte contre Duvalier, surtout à partir des années 1980.

Mais à ce moment-là, tu es clandestin…

Je suis clandestin mais je vis comme n’importe qui.

Tu changes d’identité ?

Oui, j’ai changé d’identité. Ma fille m’a fait un reproche, elle m’a dit : « Toi, tu ne dis rien de toi. Tu acceptes de parler sans t’arrêter si on te demande de parler de McClellan[ix], d’histoire, de mathématiques, de philosophie… tu vas parler sans arrêt, mais tu ne vas pas parler de toi ». Il y a une raison à cela, c’est que toute ma vie, je l’ai passée dans le secret. C’est une habitude qui est restée.

Je me rappelle, je ne sais plus si c’est Bérard[x], qui m’avait dit : « Veye Vertus, wap wè, li toujou gen yon valiz nan men l. Se zafè militans la wi, fò l toujou pare pou l kouri » [xi]. [Rires]

C’est une seconde nature. Dans la clandestinité j’ai appris beaucoup de choses. J’ai appris à connaître le pays[xii].

RÉFLEXIONS SUR LA PAYSANNERIE

De quelle manière l’as-tu connu, ce pays ?

J’ai connu la campagne haïtienne dès mon enfance avant de venir à l’école à Port-au-Prince. J’ai appris à la connaître chaque fois que j’allais en vacances. J’ai vu l’organisation du travail agricole, les pertes subies par les planteurs pour diverses raisons : trop de pluies ou pas de pluies au moment où c’était le plus nécessaire. Une fois j’ai entendu mon père dire (c’était au début des années 1950) qu’il a perdu l’équivalent de 260 dollars d’investissement parce qu’au moment où le riz sort les grappes, il n’a pas plu. A cette époque on cultivait encore le riz dans le Plateau Central sur des terres non irriguées. Aujourd’hui même le millet pousse difficilement sur ces terres. J’ai vu les travailleurs venir à pied, déchaussés, de maintes régions du Nord : Pignon, Bahon, Saint Raphaël, Mont-Organisé, pour une pitance. En saison de travail le salaire était de 2 gourdes par jour. Certains obtenaient parfois de sarcler un morceau de terre pour 75 ou 100 gourdes. Durant la période d’exécution du contrat, ils vivaient de manioc que mon père leur accordait parfois la faveur de fouiller et qu’ils faisaient bouillir. Cela leur permettait une fois le contrat terminé de revenir chez eux avec le fruit de leur travail jalousement enveloppé dans un mouchoir. Les profits du propriétaire étaient maigres. Toutes les plantes annuelles étaient exposées aux vicissitudes du temps. La canne résistait. C’était la denrée qui rapportait quelque argent. Le salaire du travailleur dans la canne était de 3.5 gourdes par semaine. Ma mère se demandait souvent comment ces gens-là faisaient pour vivre. Un soir je l’ai entendu dire à mon père : comment se fait-il que le salaire journalier dans les champs soit de 2 gourdes par jour, de 8 heures du matin à quatre heures, et que celui de la canne qui est de jour et de nuit soit de 3.5 gourdes par semaine. Alors mon père de répondre : Dieu sait ce qu’il fait. Les choses les plus nécessaires à la vie telle l’eau, le feu et le sel sont celles qui sont à meilleur marché. S’il n’en était pas ainsi, les hommes ne pourraient pas vivre. Lorsque j’ai étudié davantage je me suis rendu compte que ce modèle de justification fait penser à Aristote qui disait : Si les carottes pouvaient pousser d’elles-mêmes et les navettes tisser d’elles-mêmes on n’aurait pas besoin d’esclavage. J’ai compris aussi qu’il s’agit d’une question d’offre et de demande. A la saison des pluies où il faut sarcler et planter, la demande de travail est grande. Une fois passé ce moment, pas de travail. Des travailleurs préfèrent s’attacher à quelqu’un qui leur garantit, d’une façon ou d’une autre, de gagner une pitance.

Pauvreté et misère ?

J’ai connu la pauvreté du point de vue de la production agricole. Donc je ne suis pas indulgent avec les textes. Les gens passent à côté totalement. Nos hommes sont des littéraires. Ils parlent littérature, mais la réalité de la production, ils l’ignorent tout-à-fait. J’apprécie un côté de Price Mars [xiii]. Price-Mars a eu le courage à son époque de soutenir que le vaudou est une religion. Ensuite Price-Mars n’a pas fait appel à la question de couleur comme arme politique. Mais quand celui qui a connu la vie réelle lit Ainsi parla l’oncle, il se dit que son livre est une idylle. Parce que pour moi, la vie du paysan, c’est un enfer. Certains textes d’Emmanuel C. Paul sur l’organisation du travail agricole me paraissent des fables. Il assimile la coumbite à l’entraide paysanne sans faire de distinction. L’entraide existe au niveau de paysans de condition moyenne. L’un va travailler dans le champ de l’autre. C’est un échange. Cela s’appelle boukante jounen dans le Plateau Central. Ailleurs, il existe d’autres noms. Dans la coumbite un gros propriétaire obtient du travail qu’il rémunère en aliments, tafia et de plus en plus en argent. Mais lui il ne va pas travailler dans le champ d’un autre même de condition sociale égale. Le gros lot des travailleurs ce sont les paysans pauvres, les journaliers. Leurs conditions d’existence sont vraiment misérables.

Lorsque je suis revenu au pays, j’ai vu qu’il y existe des régions encore bien plus misérables que le Plateau Central. Cela explique la migration intérieure. Les gens des mornes de Bainet, de Jacmel vont travailler dans la Plaine du Cul-de-Sac sur les plantations de la HASCO, au Plateau Central, à Mirebalais, Thomonde et dans les rizières de l’Artibonite. Ces rizières constituent un déversoir pour les populations défavorisées du Nord. Les travailleurs sont méprisés de la part de la population locale. Ceux de Bainet sont désignés sous le nom de Ti Konma du nom d’un morne de Bainet qui s’appelle Konma. Les travailleurs sont qualifiés de kakòn, bounda kabrit, cela veut dire gens qui ne possèdent rien du tout. A l’Estère, les travailleurs venus de Gros-Morne sont dénommés Congos. On croit communément que les portefaix de l’Estère qui soulèvent des sacs de riz de plus de 100 livres possèdent des zombis. On répète qu’il ne faut pas plaindre leur sort. Cela les dérangerait. Dans toute la région de l’Artibonite, les femmes portent des sacs qui sont parfois de vrais fardeaux. J’ai vu un homme rassembler dans un grand drap du riz coupé en une journée par plusieurs personnes et le mettre sur la tête de sa femme qui devait le transporter à la maison. J’en ai parlé un jour à un prêtre. Il m’a répondu qu’une femme de Desdunes peut porter sur la tête de cette localité aux Gonaïves un baril de riz de quarante marmites. Il m’a confié qu’au confessionnal, il lui est arrivé de demander à des femmes qui se fatiguent toute la journée comment elles font le soir pour répondre aux demandes de leurs maris. Elles répondent que c’est leur travail elles doivent l’accomplir.

Dans l’Ouest, des femmes descendent des hauteurs de Pays Pourri, de Belle Fontaine, portant sur la tête de lourds paniers. Aux époques de pluie, elles doivent savoir éviter les chutes sur la terre glissante. Comme la route est longue, elles doivent partir tôt vers une heure du matin. Elles avancent en colonne, l’une d’elles éclairant les autres avec une chandelle de bois pin allumé.

Ce monde constitue le gros de la population qui enrichit une toute petite minorité.

Comment se fait-il que tous nos intellectuels passent à côté de cette question ? Il y a peut-être Edriss Saint-Amant [xiv]

Il y a une vision angélique, que récuse Paul Moral [xv].

Paul Moral a critiqué le paysan de nos ethnologues. Lakay mwen, manman m toujou di m : yo rayi moun pou pise, yo rayi w pou chofe dife [xvi] cette hargne entre les gens, les conflits : c’est la misère. La misère est dans le discours jusque dans les salutations. Je me rappelle : lorsque j’étais gosse, les gens se rendant au marché avaient l’habitude de saluer en passant devant les maisons. A l’occasion de ces salutations, ils égrenaient tout un chapelet de misères. Untel ne peut se déplacer depuis des mois parce qu’il a reçu en travaillant un coup de hache. Il en est sorti une plaie qui ne guérit pas et qui le cloue à la maison. Tel autre souffre d’une rage de dents. Tel autre est cloué au lit, grelottant de fièvre… Je me rappelle que c’est au début des années 1950 que les gens, passant pour éclairés, ont commencé du moins chez moi, à saluer en disant « pas plus mal ». Une vieille tante de mon père ridiculisait cette pratique qui a fini par s’imposer. Ce négatif pour se saluer est sans doute indicatif d’une situation qui n’est pas agréable.

Dans la préface que tu as écrite pour le livre de McClellan [xvii], j’ai lu que tu parles d’un constat que tu avais fait dans la cour de chez toi à Thomonde sur la régression technologique…

Il y avait un moulin en fer qui gisait sur le sol, très ancien. Rouy ap manje l. Epi m mande manman m : « Moulen sa a, kote li soti ? Elle m’a répondu que ce moulin appartenait à feu Noé. Je lui ai dit : « Il y avait donc des moulins en fer ». « Oui m’a-t-elle répondu » men li bay pann, jou w bezwen repare l se Potoprens pou w al chache yon boss ». Enben, moun desann fè a, nou mete bwa ! [xviii]

M ta byen renmen ou esplike entèpretasyon ou bay bagay sa a [xix].

Lè nou fè endepandans lan nou fe yon rekil teknolojik nan kann lan [xx]. Parce qu’on ne peut plus produire du sucre. Quand j’ai commencé à étudier l’histoire, j’ai vu l’immensité de notre recul technologique. À Saint-Domingue, c’est du sucre qu’on fabriquait. Le kleren produit à partir de la mélasse, était un sous-produit de la fabrication du sucre. Or, lorsque nous prenons l’indépendance, le sucre disparaît, c’est le kleren qui reste. La dualité kleren/sucre est un aspect du problème technologique qui a joué un rôle immense dans les événements qui ont conduit à l’assassinat de Dessalines le 17 octobre 1806. Je crois revenir sur ce point que nos historiens n’ont pas souligné alors que c’est évident à la lecture des textes. Dessalines s’oppose à la construction de nouvelles guildives qui produisent du kleren, article consommé dans le pays. Il recommande instamment la production de sucre qui se vend à l’étranger et rapporte de l’argent au pays. Mais le sucre haïtien est de mauvaise qualité. Dessalines ordonne que les capitaines de navires composent leur cargaison de sucre, café et coton. Un capitaine déverse dans la mer le sucre qu’il vient d’acheter. Dessalines se trouve en face d’un problème de technologie dont il ne soupçonne pas la complexité. Il croit pouvoir disposer des baïonnettes. Il ordonne la destruction dans le Sud des guildives construites sans son autorisation personnelle. Il fait détruire les tas de bois destinés à l’exportation. Il suscite la haine de ses adversaires qui, eux, s’inclinent devant le fait accompli.

Haïti deviendra un pays qui vit de l’exportation d’un café mal préparé et de la coupe de bois (industrie des paresseux). Je dis aux étudiants que Dessalines et ses adversaires ont tous été emportés par une même force : la main invisible d’Adam Smith, le marché. En fait Haïti est un pays désarmé face au marché international. La science et la technologie sont deux des armes indispensables si l’on veut affronter avec un minimum de chance de succès les forces qui dominent le marché international. La question reviendra en force sous le gouvernement de Pétion. Cuba ravitaille en tafia les forces de Pétion, qui aux ordres du colonel Lamarre guerroient dans le Nord-ouest contre celles de Christophe. Ardouin relate qu’à Port-au-Prince, les chefs consomment du tafia de Cuba. Ils disent qu’ils se réunissent pour prendre un coup de « Cube ». Ces mêmes chefs votent une loi interdisant le tafia de Cuba qu’ils continuent de consommer. Maintenant ils disent qu’ils vont prendre un coup de « chenuc ». Ces mêmes chefs, prêts à exterminer les compatriotes qu’ils estiment menaçants pour leur pouvoir, laissent le tafia de Cuba venir ruiner le leur alors qu’ils sont les propriétaires de guildives produisant du tafia encore dénommé kleren. L’importance de la technologie n’est pas une composante de la culture politique de ces chefs. Rappelons que Saint-Domingue produisait avant 1789, 40% du sucre consommé dans le monde. La révolution haïtienne en faisant disparaître la production de sucre de Saint-Domingue, a joué un rôle essentiel pour porter l’Europe à renouveler la technologie du sucre. Nous, en Haïti, nous avons été incapables de récupérer l’ancienne technologie. Nous sommes tombés dans le rapadou et le kleren. La production haïtienne de kleren reposait encore au XXe siècle sur des méthodes artisanales, anciennes. Chez moi on fabriquait le kleren avec du jus de canne (vesou) que l’on faisait fermenter. Ce kleren avait une saveur agréable mais son alcool se volatilisait et il ne durait pas. Une autre méthode consistait à chauffer le vesou pour en faire un sirop que l’on faisait fermenter. Ce kleren pouvait durer. A un moment donné, on a commencé à ajouter du sulfate d’ammoniac pour activer la fermentation. Je ne peux rien dire des grandes entreprises des plaines de l’Arcahaie et du Cul-de-Sac. Mais toutes ont disparu.

Il n’y a pas une maîtrise de ces savoir-faire là.

C’est un premier recul technologique. Et au début du 20e siècle, nous en sommes à d’autres formes de recul technologique. On passe du fer au bois ! Mais comment se fait-il que des choses de ce genre ne retiennent pas l’attention de nos intellectuels ?

Ça voudrait dire que pendant la colonie, il y a eu un intérêt pour la science et la technologie, que nous avons perdu au moment de l’indépendance ?

Wi nou pèdi l, nou pèdi tout [xxi]. Toussaint voulait conserver les Blancs, c’était un homme extrêmement intelligent. On voit ça un peu chez Dessalines et Christophe, mais ils n’avaient pas les moyens, ils ne connaissaient pas tout ce qui se trouvait derrière cette technologie.

 L’HISTOIRE ET L’ENSEIGNEMENT

 Depuis tes plus jeunes années, Vertus, tu développes un esprit scientifique remarquable.

Bon je ne sais pas, j’étais curieux.

Depuis que je te connais je l’ai remarqué, mais je connais aussi ta modestie. Je viens de lire un livre de Georges Anglade[xxii] où il fustige la modestie, lui un personnage assez plein de lui-même. Il dit que les intellectuels haïtiens ont presque tous été arrogants. Que l’on prenne par exemple Firmin, Jacques Roumain, Jacques Stephen Alexis, tous ces intellectuels ont fait montre d’une certaine arrogance. Or on sent chez toi Vertus, une très grande humilité, alors que ton érudition surtout sur les questions d’histoire et de science est remarquable.

Ce n’est pas de l’humilité, c’est une prise de conscience.

[Rires] Explique.

Par rapport à l’étranger. Quand vous voyez ce que l’étranger sait et que vous ne savez pas, mais que vous auriez dû savoir… Lorsqu’il vous donne un diplôme, vous devriez le déchirer ! Parce que ce diplôme vous consacre à un niveau et vous rentrez chez vous avec ce diplôme en croyant que vous êtes Maître Seigneur. Le savoir, ce sont des institutions, des bibliothèques, des musées. Mais vous n’avez rien de tout ça, de quoi pouvez-vous vous enorgueillir ? Je lis un Français, Patrick Gautier-Dalché. Le type est géographe. Lorsqu’on lit un de ses articles, on découvre qu’il connait l’astronomie, et pour cela, il possède suffisamment de mathématiques. Il travaille sur la géographie médiévale. Il connait la cartographie. Donc s’il travaille sur la géographie médiévale, la cartographie médiévale, il lit les textes en latin. S’il peut lire le latin médiéval, il connaît le latin classique de Cicéron. Alors, vous, vous avez un diplôme de géographie humaine qui concerne seulement notre époque, vous pouvez être un urbaniste mais vous n’avez pas le même niveau que lui. Ensuite, il ne faut pas poser les questions à l’échelle individuelle. Il faut voir le dénuement général : nous n’avons pas de bibliothèques, pas de musées, pas d’archives. Notre mémoire est à l’étranger. Cela entraîne des conséquences terribles pour la formation intellectuelle en Haïti. Nous parlons de culture nationale et notre production est en grande partie à l’étranger. Où sont les meilleurs travaux de nos peintres ? Probablement les Etats-Unis détiennent mieux que nous les enregistrements de notre production musicale. La mince partie de notre production culturelle qui se trouve en Haïti est souvent ignorée. Jacques Alexis a parlé de bourgeoisie nationale. Il a pour référence, non citée d’ailleurs, les travaux du parti communiste chinois. Mais Madiou[xxiii] et Ardouin[xxiv] parlent des commerçants nationaux et de leur lutte sous Boyer (1821-1822) contre les consignataires étrangers. Ces historiens évoquent à cette occasion la lutte de Dessalines contre ces consignataires étrangers. Les livres de Madiou étaient rares avant leur réimpression par Fardin et par Deschamps. Nos intellectuels se forment trop souvent dans des ouvrages de seconde si ce n’est de troisième main. Notre histoire est écrite par des étrangers, français et de plus en plus américains. Et nous ne lisons pas leurs livres. Tout cela porte à être modeste. Cela ne doit pas diminuer le respect que nous devons à nos prédécesseurs qui ont reçu une solide formation académique, même si elle était trop littéraire et pas assez scientifique.

Tu m’as pourtant dédicacé tes livres en latin !

Bon, j’ai appris quelques phrases chez les Frères. Si aujourd’hui, je peux réfléchir, conduire une recherche en histoire et écrire, je le dois en grande partie à l’étude du latin et de la géométrie.

À quel moment fais-tu ce virage vers l’Histoire ? Jusqu’à obtenir un doctorat en Histoire.

En fait j’ai commencé à étudier l’histoire très tôt. J’ai commencé à étudier et à enseigner l’histoire depuis 1993. En 1969, je suis tombé sur quelques pages déchirées d’un Madiou, je les ai lues, j’ai lu l’affaire Sans Souci, j’ai compris les contradictions dans lesquelles se trouvait Dessalines qui ont été la cause de son assassinat. J’avais mis en question les règlements de culture de Toussaint Louverture quand j’étais à l’école. Et ensuite, j’ai pu trouver un Ardouin, je l’ai lu, relu. Lorsque Bérard Cénatus m’a chargé d’un TD en Histoire à l’Ecole Normale Supérieure, je lui ai dit : « Mais je n’ai pas de papier ». Il m’a répondu « Mais il n’y a pas grand-chose ! Ce que vous savez, vous allez l’enseigner ». À ce moment-là, j’ai commencé à étudier plus systématiquement.

Qu’est-ce qui t’a amené à privilégier ce moment de notre Histoire qu’est la période révolutionnaire, en fait la période coloniale qui précède la révolution ? Les trois livres que tu as publiés concernent cette tranche d’histoire…

Je voulais connaître l’Histoire de la révolution de Saint-Domingue. J’avais le sentiment qu’on ne nous expliquait pas les choses. J’avais fait une compilation de tous les règlements de culture depuis l’époque coloniale jusqu’au code rural de Boyer. J’ai été attiré par le changement de paradigme : les règlements de culture de l’époque coloniale insistaient sur la production de vivres, tandis que les règlements de cultures de l’époque qui suit, depuis 1793, insistent sur la culture de denrées. Je me suis dit que si les règlements de culture de l’époque coloniale portent sur la question des vivres, ce sont les vivres qui sont un problème. Mais une fois la révolution engagée, ce sont les denrées qui sont un problème pour les chefs politiques. Or les denrées ont disparu, sauf le café. J’avais pour projet d’écrire sur les règlements de cultures, je me suis plongé dans ce qui s’est passé dans l’époque coloniale, l’alimentation. Je n’en suis pas sorti !

J’aimerais revenir sur ton engagement. Toi qui as passé vingt ans de ta vie professeur à l’Ecole Normale Supérieure, est-ce que tu retrouves cette forme d’abnégation, d’engagement social, politique et de générosité dans ton expérience de professeur avec les jeunes de ce pays ?

Non je ne perçois pas ça. Tout le monde croit, je dirais, à la facilité, même dans les études. Les jeunes sont pressés. Mais on ne peut pas être pressé. L’Occident a tellement produit et nous ne nous intéressons pas à cette production.

Mais en même temps, est-ce qu’il ne faut pas un regard critique sur cette production ?

Oh, totalement ! Mais nous commettons des erreurs très graves. Nous devrions être un pays ouvert. C’est-à-dire que si nous avons une université, il faudrait envoyer un étudiant en Espagne, un autre aux Etats-Unis, pour qu’ils apprennent ce que nous voulons qu’ils apprennent. Pas pour qu’ils se contentent de ce que le pays où ils vont leur donne. Parce que la science, l’histoire de la science, est écrite dans le sens de la partie dominante de l’Occident.

Quel regard portes-tu aujourd’hui sur Haïti ?

C’est un regard attristé. Nous sommes insensibles aux problèmes qui nous touchent le plus. Chacun essaie de vivre, de s’accommoder d’une situation qu’il faudrait bouleverser.

Mais d’après toi quels sont les problèmes qui nous touchent le plus ?

Le problème de l’alimentation, le problème de l’école. On ne peut pas vivre sans manger. On ne peut pas vivre sans école. Les solutions actuelles sont de fausses solutions. Par exemple, des gens pensent que je serais devenu un partisan du français alors que j’étais pour le créole dans l’enseignement. Je suis encore pour le créole. Mais les gens qui font la promotion du créole ne savent pas tout à fait de quoi ils parlent. Quand les Anglais ont commencé au XVIe siècle à écrire en anglais, l’enseignement était en latin. Le premier texte qu’ils ont traduit en anglais, c’est Euclide, un texte de géométrie. Un autre texte c’est Homère, les classiques. Tout en faisant la promotion de la langue anglaise, les Anglais ont conservé le latin. Ils ont ajouté le grec dans leur enseignement et ils ont commencé à apprendre les langues et connaissances des divers peuples qu’ils dominaient dans le monde. Au début du XVIe siècle, les Anglais étaient très en retard en mathématique par rapport aux autres pays d‘Europe. En 1687, les Anglais prennent les devants avec les Principia mathematica philosophiae naturalis de Newton. Qui peut traduire Euclide en créole aujourd’hui en Haïti ? Qui peut traduire Homère en créole ? Nous avons perdu le grec, le latin, la géométrie, nous sommes en train de perdre le français, nous croyons pouvoir gagner en nous repliant sur le créole. C’est une dangereuse et fatale illusion. Pour promouvoir le créole, il faut prendre les connaissances scientifiques développées dans les autres langues pour les introduire en créole. Il faut prendre des autres ce qu’ils ont de meilleur pour construire notre propre culture. Il nous faut acquérir le meilleur de leurs savoirs pas seulement dans les sciences de la nature mais aussi dans les sciences de l’homme et de la société, dans la littérature.

Mais Vertus là, il y a tout un courant qui dit que ce sont des produits occidentaux, dont nous n’avons pas besoin…

Non, non ! Euclide c’est pour tout le monde, c’est universel. Au premier chapitre de mon livre, je commence par l’anecdote à propos d’Euclide et son étudiant. Un étudiant lui demandait : « À quoi peut servir la géométrie ? », et Euclide de dire: « Donnez une piécette d’or à l’étudiant qui veut que ce qu’il apprend lui soit utile ». Parce que dans l’imagination d’Euclide, il faisait de la science pour la science. Ici, il nous faut commencer par la géométrie, les mathématiques, l’électronique.

Men Vertus nou menm nou vire do bay lasyans [xxv].

Poukisa Chinwa yo y ap etidye tout sa Loksidan ap etidye, ap pwodui, se paske yo konnen yo pa genyen l[xxvi], mais chez nous, nous avons une suffisance alors que nous sommes dans le dénuement complet. Je ne comprends pas. C’est pourquoi je suis très triste de cette situation.

Kote disip yo, kote tèt ki emèje yo, kòt relèv la ? [xxvii]

Ebyen, gen yon bagay fò n ta genyen, c’est l’esprit de sacrifice. Ce sont les grands principes de la grande armée populaire de libération : esprit de sacrifice, mépris de la fatigue, ardeur dans le combat, ténacité dans le combat continu. [Rires] Ce sont des principes universels partout où l’on se bat pour la liberté et l’indépendance.

Tu vois qu’il y a quelque chose qui t’est resté de ce temps-la !

Se gwo konbatan nèg yo te ye wi[xxviii]. Les gens ne s’imaginent pas ce que cela voulait dire. L’armée française, qui débarqua en 1802 en Haïti, était irrésistible dans le monde. Que Toussaint, Dessalines, Lamartinière et autres aient pensé qu’ils pouvaient résister aux armes françaises, C’est déjà quelque chose d’extraordinaire. Ils ont tenu trois mois alors que les trois quarts de l’armée de Toussaint s’étaient joints sans combat aux troupes de Leclerc.

Deux cents ans plus tard, pourquoi a-t-on l’impression qu’il n’y a pas de lignes de fracture, qu’on n’arrive pas à rompre avec quelque chose de circulaire ?

On a peur de casser les choses. Il nous faudrait être des Dessaliniens de l’étude ! Pour parler de façon nationale. [Rires] Lè etidyan yo di m yo fatige, m di yo « lame Desalin pa kanpe, malere pa poze ! » [xxix]. Vous n’avez rien, vous êtes pauvres. Ayisyen, depi yo gen lajan y ap domi, men y ap domi sou kont Etazini [xxx]. L’Haïtien croit qu’il n’existe pour lui aucune obligation. Maintenant il a sa femme, il est marié en Haïti, il a un peu de moyens, alors il va faire un petit américain. Il vit sur le compte des Etats-Unis. Se gade m ap gade peyi a fini [xxxi].

Men yon peyi pa konn fini Vertus [xxxii].

Machè, gen peyi ki konn fini, Ayiti ka fini [xxxiii]. Parce que dans ce bouleversement général qui va se produire dans le monde, 2050, 2100, que serons-nous ? Ce sont des questions angoissantes. La République Dominicaine connait un certain développement économique, alors que nous sommes en pleine régression. Qu’est-ce qui va se passer ? Est-ce que la République Dominicaine peut supporter la charge de la République d’Haïti ? Les gens croient que les Etats-Unis, ou n’importe où, peuvent les prendre en charge.

Il faut faire quelque chose et nous ne pouvons rien sans la science.

Un dernier mot, d’optimisme peut-être ? Mais je comprends qu’à l’âge où nous sommes, on doit continuer de se poser des questions…

En tout cas je veux essayer de communiquer à des gens des pistes de recherche. Ce matin j’ai vu Bérard, je lui ai dit : il nous faudrait faire un cours sur la signification, pour nous, de Galilée, Descartes et Newton. Pour nous, par rapport à nous, et comment ces personnages devraient être à la base d’un enseignement véritable. Et peut-être dire aux jeunes : Étudiez, ayez un peu d’esprit d’abnégation.

Merci beaucoup Vertus.

De rien Michèle, je te dois ça.

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[ii] Vertus Saint Louis, « Régime militaire et Règlements de culture », Chemins Critiques, vol. 3, nos.1-2 (Déc. 1993). C’est Bérard Cénatus qui m’a invité à écrire l’article en question. On était à l’époque de Cédras. Mon ami Narcisse Maxi m’avait demandé, puisque je m’intéressais à l’histoire, de mener une petite enquête sur l’histoire des élections en Haïti. De tout temps, y compris à l’époque coloniale, les élections ont toujours posé problème en Haïti. Les résultats des premières élections tenues en 1722-23 par les colons blancs avaient été annulés par une intervention de la France. Il faut souligner aussi la révolte des colons indépendantistes de 1758-1766, écrasée également par la France. Tout cela est traité dans l’ouvrage de Saint-Victor Jean-Baptiste : Deux concepts d’indépendance. D’ailleurs, j’ai traité ce sujet au Bac première partie en juillet 1958. Cependant je me suis dit qu’il me faut revisiter la question. C’est au cours de cette investigation que j’ai découvert le régime militaire comme phénomène politique en Haïti. J’en ai fait part à Bérard simplement pour lui montrer que le régime militaire en Haïti remonte loin dans notre passé. Bérard a observé avec force qu’il s’agit d’une question importante et pas d’une banalité, que de toute façon il fallait la traiter dans un article. J’ai récusé avec force en soulignant que je n’avais aucune qualité pour écrire un article. Il m’a presque contraint en saisissant le téléphone pour annoncer à Laënnec [Hurbon] que j’allais écrire un article sur le régime militaire.

[iii] Thomonde, commune d’Haïti, située près de la frontière dominicaine, dans le département du Centre.

[iv] Marcel Gilbert, un natif de Jérémie, a étudié les maths à l’École normale supérieure de Port-au-Prince. Tout seul, il a étudié la philosophie et il donnait des cours gratuits de philosophie, les samedis, aux étudiants en classes terminales qui le voulaient bien. Il était d’abord duvaliériste mais plus ou moins adepte du marxisme, il s’était détaché de Duvalier au moins dès 1958. Il a fondé l’UNMES, Union des Maîtres de l’Enseignement Secondaire. Les étudiants avaient fait grève au cours de l’année scolaire 1958-1959 en faveur de l’UNMES qui a été dissoute durant les vacances d’été 1959 par Duvalier.

[v] À l’époque Yves François Flavien étudie la médecine, une ou deux promotions au-dessus de Vertus. Il était secrétaire général de l’Union nationale des étudiants haïtiens. Arrêté, il a passé 9 mois à Fort Dimanche avant de partir pour l’exil à Montréal, où il est devenu psychiatre. Un film, réalisé par Tahani Rached, « Ban m peyi m », met à l’écran son retour en Haïti en 1986.

[vi] La ligne du Parti populaire de libération nationale (PPLN) à l’époque (1965) était la lutte armée. Ils s’entrainaient dans une maison louée à Pétionville. En s’entrainant, un coup de feu part et blesse l’un d’entre eux. Cela crée une panique en leur sein, ils se mettent à courir et fuir dans toutes les directions. Le blessé est emmené à l’hôpital. La répression ne se fait pas attendre et frappe bien plus largement que le noyau du PPLN. Plusieurs d’entre eux se réfugient dans les ambassades étrangères et partent en exil. Les partis se recréent dans la diaspora.

[vii] Vertus Saint-Louis était plus jeune à l’époque.

[viii] Sans qu’il le dise de façon formelle, c’est ici un indice que Vertus et d’autres seraient, à un moment donné de leur clandestinité, allés jusqu’en Chine.

[ix] James E. McClellan III, professeur américain d’histoire des sciences au Stevens Institute of Technology, auteur entre autres de Science and technology in world History.

[x] Bérard Cénatus (1944 – ) professeur et directeur académique à l’Ecole normale supérieure d’Haïti.

[xi] “Observe Vertus et tu verras qu’il a toujours une valise avec lui. C’est son histoire de militant, il doit toujours être prêt à fuir”.

[xii] La plus grande partie de sa clandestinité, Vertus Saint-Louis l’aurait vécue dans la paysannerie haïtienne.

[xiii] Jean Price Mars (1876 – 1969), diplomate, écrivain, professeur, médecin et ethnologue Haïtien.

[xiv] Edriss Saint-Amant (1918 – 2004), écrivain, diplomate et syndicaliste Haïtien, auteur de Bon dieu rit.

[xv] Paul Moral, professeur d’université à Paris dans les années 1980, auteur de nombreux ouvrages sur le monde rural haïtien et ses modes de production, dont Le paysan haïtien.

[xvi] “Chez moi, ma mère me disait toujours : les gens te détestent si tu pisses, ils te détestent si tu allumes ton fourneau…”

[xvii] James E. McClellan III, Colonialism and science, Saint Domingue in the Old Regime, The University of Chicago Press, 1992, 2010.

[xviii] “Ce moulin était rongé par la rouille. J’ai dit à ma mère : “ce moulin, le jour où il faudra le réparer, il faudra aller à Port-au-Prince pour trouver un artisan”… Du coup on a enlevé le fer, on l’a remplacé par du bois”.

[xix] “J’aimerais que tu m’expliques ton interprétation de la chose”.

[xx] “Au moment de l’indépendance, nous avons connu un recul technologique dans le secteur de la canne à sucre”.

[xxi] “Oui nous l’avons perdu, complètement”.

[xxii] George Anglade (1944 – 2010), géographe, homme politique et écrivain haïtien.

[xxiii] Thomas Madiou, historien haïtien qui a réalisé une importante “Histoire d’Haïti” en 8 tomes.

[xxiv] Beaubrun Ardouin (1796 – 1865) est un historien et homme politique haïtien, connu pour ses monumentales Études sur l’Histoire d’Haïti.

[xxv] “Mais Vertus, nous avons tourné le dos à la science”.

[xxvi] « Pourquoi les Chinois, eux, étudient tout ce qu’étudient les occidentaux, c’est parce qu’ils savent qu’ils n’ont pas ces choses ».

[xxvii] « Où sont les disciples ? Où sont les têtes qui émergent ? Où est la relève ? »

[xxviii] “Ces hommes étaient de grands combattants”.

[xxix] “Quand ces messieurs me disent qu’ils sont fatigués, je réponds : “l’armée de Dessalines ne s’arrête pas, les malheureux ne se reposent pas”.

[xxx] « Les Haïtiens, dès qu’ils ont de l’argent ils se couchent pour dormir, mais ils dorment parce qu’à côté il y a les Etats-Unis ».

[xxxi] “Moi je regarde le pays qui meurt à petit feu”.

[xxxii] “Mais les pays ne meurent pas Vertus”.

[xxxiii] “Ma chère, certains pays meurent, Haïti peut mourir”.